Marie Signoret - Publié il y a 11 heures
FORCE VERTE - Les micro-espaces extérieurs urbains ne sont pas toujours faciles à végétaliser. C'était compter sans les talents de Lolita, des Empotés. Visite d'un micro-balcon transformé en petit jardin urbain.
Une fois n'est pas coutume, je vais parler de ma propre expérience ! J'habite en ville, dans la banlieue proche de Lyon, à Villeurbanne, et j'ai la chance de bénéficier dans mon appartement d'un petit balcon. Je dis petit, je pourrais dire micro puisque sa surface n'excède pas les 3 m2, tout en longueur. Ce n'est pas beaucoup. À cela s'ajoute le fait qu'il y fait très chaud : mon balcon donne en effet sur une cour bétonnée et est orienté ouest.
J'habite dans cet appartement depuis plus de 10 ans et chaque printemps (ou presque), pleine de bonne volonté, je partais en jardinerie choisir les plantes qui me semblaient les plus aptes à supporter ces conditions extrêmes. De nombreuses plantes sont mortes (même les plantes dites increvables) et avec elles, mes espoirs de balcon verdoyant. Et, un jour, j'ai entendu parlé des Empotés et de leur volonté d'« accompagner les initiatives de végétalisation urbaines, petites ou grandes ». Petites à quel point ? Ni une ni deux, j'ai contacté Lolita, la fondatrice des Empotés et spécialiste des plantations en pots pour qu'elle m'aide avec mon balcon tristounet.
Fiche de chantier
Ouvriers
Les Empotés
Durée des travaux
Quelques heures*
Budget
2000€
*(+ le temps de faire les achats)
Un mini-balcon urbain pas facile à végétaliser
En discutant avec Lolita, je comprends, avec le recul, l'une des raisons de mes échecs précédents : je ne voyais que la problématique de la chaleur mais ce n'était que l'un des facteurs à prendre en compte. Sur ce balcon, on est en présence d'un garde-corps qui est haut et plein et qui amplifie la chaleur tout en apportant de l'ombre et une sensation d'enfermement. Lolita a alors imaginé un aménagement adapté : « L'idée était de transformer cet espace enclavé en jungle qui donne une sensation de petit jardin tandis que la partie moins enclavée est devenue un espace de vie, avec table et chaises. ».

À partir de combien de mètres carrés peut-on se lancer dans la culture urbaine ? Lolita, originaire de Corse et habituée aux grands espaces sauvages, est optimiste : « Quand je suis arrivée à Lyon, j'avais juste des rebords de fenêtre et j'ai commencé comme ça ! Il est possible d'envisager une culture en pot à partir du moment où l'on dispose de rebords de fenêtre assez larges et d'attaches assez robustes, tout en prenant en compte les contraintes du voisinage. »

Jungle urbaine pour mini-balcon
Dans la partie enclavée du balcon, Lolita nous propose donc d'installer un treillage en bois qui, en plus d'accueillir quelques plantes grimpantes, va nous protéger efficacement du vis-à-vis assez direct avec le balcon voisin.
Nous plaçons, au pied de ce treillage un gros bac carré, en bois avec :
- Un jasmin étoilé : une grimpante qui se couvre de fleurs (très) parfumées de juin à août.
- Un chèvrefeuille : autre grimpante à la floraison estivale qui se mêle aux branches du jasmin sur le treillage.
- Une abelia grandiflora : un arbuste dont la floraison dure plus de 6 mois (pour le plus grand plaisir des abeilles).
- Une mauve du Cap : de belles fleurs qui peuvent prendre de la hauteur.
À ce grand bac, nous ajoutons plusieurs pots en géotextile qui apportent un peu de couleurs au balcon :
- Deux pots en hauteur, accrochés aux tuyaux qui passent par mon balcon, dans lesquels sont plantés des cosmos et une misère pourpre dans le premier et un érigeron, une gaura et un craspedia dans le second, plus champêtre.
- Deux grands pots posés à même le sol qui abritent des hostas, une pervenche, une verveine, un fuchsia, un muehlenbeckia, un phillyrea et un géranium vivace.
On marie ainsi grimpantes, vivaces, arbustes et même annuelles (avec les cosmos) pour jouer avec les hauteurs, les formes et les couleurs.

Espace de vie cosy pour mini-balcon
Dans la partie plus aérée du balcon (le garde-corps n'est pas plein), c'est un petit coin convivial qui prend place. Mais il convient d'être ingénieux pour ne pas empêcher la circulation dans cet espace réduit. On installe donc une toile claire sur le garde-corps pour se protéger des regards du voisinage sans perdre en luminosité ainsi qu'une table suspendue qui ne prend aucun espace au sol et ne se déplie que lorsqu'on en a besoin. Les chaises sont également pliantes tout comme la chaise longue pour les petites siestes. Ainsi, tout est flexible et s'adapte à nos besoins.

On n'a toutefois pas oublié d'apporter un peu de vie et de verdure dans cette partie du balcon : on retrouve deux potées en hauteur, avec un cerastium et des ficoïdes à cœur, des plantes qui ne nécessitent que peu d'arrosage, ainsi qu'un pot en géotextile posé au sol dans l'angle et dans lequel Lolita a fabriqué avec trois tuteurs de quoi faire grimper une passiflore, une clématite et des capucines.

Comment ça se passe la végétalisation de balcon en copropriété ?
La végétalisation urbaine se fait le plus souvent dans le cadre de la copropriété. Cette dernière limite-t-elle les projets ? Lolita nous rassure : « Parfois c'est vrai mais, le plus souvent, ce n'est pas le cas. Planter chez soi, dans la mesure où l'on respecte les règles de sécurité, est agréable pour tout le monde, les voisins comme la biodiversité ! »

Dans le cas de mon balcon, il a fallu réduire la voilure après quelques remarques de voisins mécontents. Nous n'avons ainsi rien percé ni cloué : le treillage est posé contre le mur et coincé à l'aide du bac. Quant aux pots en hauteur, ils sont accrochés à l'aide de sangles solides.
Et un an après, comment vont les plantes de ce mini-espace urbain ?
Il y a un an que nous avons transformé mon balcon. Mes plantes ont-elles survécu ? Bonne nouvelle : oui ! J'ai eu quelques frayeurs mais la mauve du Cap et le cerastium qui avaient eu un peu froid cet hiver sont reparties avec le printemps et le chèvrefeuille avait juste besoin d'un peu de temps pour se développer. La clématite en revanche ne s'en est pas sortie.
À chaque saison, Lolita est venue m'aider à apprendre les gestes et les bons réflexes pour que mes plantes soient les plus heureuses possibles : « Mon objectif ? Que les gens s'approprient réellement leurs plantations et soient totalement autonomes », explique-t-elle. Nous avons vu quelques chenilles, papillons, abeilles (et pigeons aussi mais je ne les ai pas vraiment accueillis à bras ouverts).
Le choix des végétaux évidemment joue beaucoup sur la facilité d'entretien (et plus les plantes sont adaptées au milieu, moins elles ont besoin qu'on s'occupe d'elles. La culture en pot toutefois nécessite un arrosage régulier (même en hiver, ce qu'on oublie souvent !) Pour une hydratation parfaite, nous avons installé des ollas ainsi qu'un système d'arrosage automatique pour les absences prolongées.
Moi qui pensais être une « tueuse de plantes », me voilà avec un petit coin de verdure ! Lolita s'en amuse : « Les deux arguments que j'entends le plus : "Je n'ai pas la main verte" et "J'ai fait mourir un cactus". D'une part, la main verte est un mythe (le jardinage, ça s'apprend !) et, d'autre part, les cactus ne sont pas ces plantes faciles qu'on nous vend, habituées au contraire à un climat complexe. » Nous n'avons plus d'excuse pour ne pas végétaliser nos micro-espaces extérieurs !
Pour en savoir plus sur Les Empotés, retrouvez-les sur les-empotes.fr et sur Instagram
